« Le premier souvenir de la Mère
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vendredi 19 juin 2015
dimanche 31 mai 2015
Dans le ventre du souvenir - première partie.
Portés par la mère
soulevés, comprimés, renversés;
dans notre gestation
dans notre gestation
nous n'avons ni le temps ni l'espace
pour les souvenirs.
(Aphorisme des pré-naissants)
Le fil des souvenirs. Quand commence t'il? Quand se noue t-il pour la toute première fois? Et qu'en gardons-nous à mesure que la bobine du temps se déroule? Ces questions traversent notre esprit au moins une fois dans notre vie. Car depuis notre naissance le fil des souvenirs constitue un repère inespéré pour tracer notre propre voie.
Dans mon tout premier souvenir, j'ai quatre ans. Je suis dans un champ en face de notre maison, le manteau hérité de mon frère ainé sur le dos. Le vent d'automne fouette mon visage que je cherche à protéger avec le col épais. C'est par ce manteau, légué ensuite à mon petit frère, que le souvenir s'est figé durablement pour rejaillir régulièrement dans mon esprit. Ce souvenir, je l'ai sans doute un peu transformé, mais sous le vernis du temps qui passe, la matière brute demeure intacte, vive, profonde.
Ma mémoire ne dispose pas de souvenirs plus anciens, et à tout âge j'oublie des pans entiers de mon existence. Parfois j'aimerais en retrouver, soit par curiosité, soit par amour pour ceux qui m'ont permis de vivre ces moments pourtant inoubliables. La survie de nombreux souvenirs passe hélas par la sélection et l'abandon inévitable d'autres souvenirs. Et plus les jours s'accumulent - 10 950 seulement quand on arrive à trente ans - plus on a de souvenirs à classer, chasser, ressasser.
Dans le ventre
Si j'en crois mes parents - en qui j'ai une totale confiance - j'ai grandi dans le ventre de ma mère avant de voir le jour (avant que le jour ne me voie, en fait, pleurant, le visage crispé, les yeux fermés, les poings serrés). Je ne m'en souviens pas, et je sais en être incapable. L'évènement n'a été ni filmé ni photographié, et en un sens, je ne suis pas malheureux de savoir que mon premier rôle ne sera jamais stocké dans les serveurs d'une agence de renseignements.
J'ai posé la questions aux adultes autour de moi, et personne de ma connaissance n'a de souvenir antérieur à leurs trois ou quatre ans. J'ai également posé la question à mes enfants lorsqu'ils ont eu quatre ans : ils se souviennent d'évènements de leur trois ans, mais pas au delà (malgré les nombreuses photos et vidéos). Aucun souvenir de ce qu'ils ont vécu dans le ventre de leur mère non plus (malgré les clichés des échographies - je plaisante). Et avec le temps, ils oublieront plusieurs de ces premiers souvenirs. En quelque sorte, le cordon ombilical se coupera de nouveau.
Les réponses à mes questions tiennent peut-être simplement dans la paume de la main d'un nouveau né : le cerveau se construit à mesure qu'il évolue, et celui du foetus ou du bébé, aussi vierge de toute image et de toute émotion soit-il, a une capacité d"absorption très limitée. Trop petit, il ne compute pas encore complètement; Sans autonomie, il développe peu la capacité ni la nécessité de se souvenir.
- À 12 semaines, le foetus peut toucher, goûter, sentir, entendre;
- À 37 semaines, il peut mémoriser des sons. Peut-être reconnait-il la voix de sa mère;
- À la naissance - 40 semaines, il bascule et change de milieu, comme un poisson sans eau contraint d'apprendre à respirer de l'air en quelques secondes.
Le fil du souvenir commence très tôt, mais il se coupe vraisemblablement lorsque l'enfant naît. Avec la croissance, l'enfant acquiert la capacité de structurer son vécu dans son for intérieur. Il dresse les contours de son identité en accumulant des expériences, des images et des sons de son environnement dont le temps, le hasard et la volonté jugeront de la pertinence d'en faire des souvenirs.
Je pense que ce fil de souvenirs est discontinu, interrompu, clignotant : il commence comme une boule de neige faite de flocons épars et dont la forme naît un jour d'accumulation, sans crier gare. Elle grossit, se compacte, prend du poids et de la vitesse à mesure que nous décidons de la faire rouler. Puis, les saisons passent et une grande partie fond au soleil tandis que nous nous en désintéressons pour en faire une autre.
Le souvenir - le précieux Souvenir - est une connexion viscéralement ancrée en nous, une combinaison de sensations et de pensées que nous avons figée dans le temps par une sorte de membrane qui les maintient en place et les préserve de l'oubli, loin du flux permanent de la pensée. Les souvenirs - innombrables, comprimés, triés, bousculés - protègent les expériences marquantes de notre vie de la recombinaison permanente de nos connexions. Leur but est d'être rappelés à nous à tout moment, comme une respiration profonde quand un danger ou une opportunité se présente à nous, comme un éclair de mémoires lorsque l'adulte retrouve sa mère après une trop longue absence.
Le fil du souvenir commence très tôt, mais il se coupe vraisemblablement lorsque l'enfant naît. Avec la croissance, l'enfant acquiert la capacité de structurer son vécu dans son for intérieur. Il dresse les contours de son identité en accumulant des expériences, des images et des sons de son environnement dont le temps, le hasard et la volonté jugeront de la pertinence d'en faire des souvenirs.
Je pense que ce fil de souvenirs est discontinu, interrompu, clignotant : il commence comme une boule de neige faite de flocons épars et dont la forme naît un jour d'accumulation, sans crier gare. Elle grossit, se compacte, prend du poids et de la vitesse à mesure que nous décidons de la faire rouler. Puis, les saisons passent et une grande partie fond au soleil tandis que nous nous en désintéressons pour en faire une autre.
Le souvenir - le précieux Souvenir - est une connexion viscéralement ancrée en nous, une combinaison de sensations et de pensées que nous avons figée dans le temps par une sorte de membrane qui les maintient en place et les préserve de l'oubli, loin du flux permanent de la pensée. Les souvenirs - innombrables, comprimés, triés, bousculés - protègent les expériences marquantes de notre vie de la recombinaison permanente de nos connexions. Leur but est d'être rappelés à nous à tout moment, comme une respiration profonde quand un danger ou une opportunité se présente à nous, comme un éclair de mémoires lorsque l'adulte retrouve sa mère après une trop longue absence.
Détour poétique
Au delà des questions posées en introduction, l'objet de ce texte est un peu d'envisager nos premiers souvenirs sous un angle poétique. Là oû le souvenir s'envole, l'imagination réinvente le ciel.
Salvador Dali, peintre et écrivain doué, disait que le traumatisme de sa naissance avait été provoqué par la perte du paradis perdu. Ce paradis perdu, c'était sa vie intra-utérine; la source de toutes ses émotions et de tous ses fantasmes artistiques. Les montres molles, les objets mous, les oeufs qu'il a maintes fois représentés dans ses toiles lui venaient toutes, disait-il, de sa vision du monde alors qu'il était encore foetus. À travers le liquide amniotique, depuis le ventre intérieur et dans le mouvement de sa propre gestation, Dali a eu ses premières visions d'un monde mouvant, malléable et liquide dont il tirera une substance inédite.
Ce souvenir de pré-naissant est devenu fondamental pour sa vie artistique future : de toile en toile, du surréalisme à l'hyperréalisme, il a poursuivi sa quête du paradis perdu. Cette capacité de visions, ces sensations dont il dit avoir gardé le souvenir sa vie durant pourraient être rangées parmi ses nombreuses et célèbres élucubrations. Cependant, elles ne sont pas dénuée de sens et de poésie; enfant né à la place d'un autre mort après quelques mois, Salvador Dali porta le même nom que ce frère aîné jamais connu dont il a pris la place. Salvador - le sauveur en Espagnol - est né parce que l'autre n'a pas survécu, et sans le décès du trop jeune Salvador Dali, nous n'aurions sans doûte jamais connu Salvador Dali l'artiste. Les montres seraient restées solides et les aiguilles n'auraient pas lévitées au dessus du cadran pour tordre un temps dont le mouvement serait demeuré alors bien réaliste.
Les artistes savent cultiver le jardin des sensations et des souvenirs, et il appartient à leur talent d'ancrer dans le réel et dans le temps des images autrement éphémères et volatiles.
D'une manière très émouvante, le chanteur et compositeur Lou Reed confia lors de sa dernière entrevue (Rolling Stone Magazine) des souvenirs de ce que ses parents lui avaient apportés. Extrêmement méfiant envers les journalistes et d'un naturel très avare de commentaires sur sa vie personnelle, il évoqua néanmoins ce jour là - alors qu'il se savait affaibli et sur le seuil de la mort - des souvenirs profonds. De son père, Lou Reed avoua laconiquement n'avoir reçu « que de la m.... ».
De sa mère, il confia aux auditeurs avoir reçu un trésor inestimable : d'une voix fragilisée par le cancer et tendue par l'émotion, il raconta combien résonnaient en lui les battements du coeur maternel avant même sa naissance. C'est là, dans le ventre de sa mère, que le boum boum boum boum martelait ses oreilles et traversait son corps tout entier comme une vibration imposante. La source de son apprentissage du rythme, l'origine de son intérêt pour la musique se trouvait-là, enfoui en lui, engendré en la mère; traversé de toutes parts par l'omniprésence du son régulier du tambour, secoué par ses coups répétés, par les saccades toutes à la fois violentes et réconfortantes du coeur fondamental qui animait sa propre volonté, il serait venu au monde avec cette oreille sensible et ce corps tourné vers la musique.
Dans sa biographie, Lou Reed évoque un autre souvenir capital : le souvenir des électrochocs qu'il a subis à l'âge de 17 ans, à la demande de son père qui voulait le "guérir" d'une homosexualité émergente. Loin d'avoir modifié sa nature profonde, cette expéricence traumatisante a trouvé un écho, dit-il, dans son amour pour la guitare électrique. L'art de jouer de la distorsion - sonorité si proche de l'électrochoc - a pu lui servir à surmonter et à dépasser une sensation à jamais ancrée dans sa mémoire. Trouver la source originelle de la musique dans le souvenir de la mère pouvait également lui offrir l'occasion de se réapproprier sa propre histoire.
(À suivre)
Les artistes savent cultiver le jardin des sensations et des souvenirs, et il appartient à leur talent d'ancrer dans le réel et dans le temps des images autrement éphémères et volatiles.
D'une manière très émouvante, le chanteur et compositeur Lou Reed confia lors de sa dernière entrevue (Rolling Stone Magazine) des souvenirs de ce que ses parents lui avaient apportés. Extrêmement méfiant envers les journalistes et d'un naturel très avare de commentaires sur sa vie personnelle, il évoqua néanmoins ce jour là - alors qu'il se savait affaibli et sur le seuil de la mort - des souvenirs profonds. De son père, Lou Reed avoua laconiquement n'avoir reçu « que de la m.... ».
De sa mère, il confia aux auditeurs avoir reçu un trésor inestimable : d'une voix fragilisée par le cancer et tendue par l'émotion, il raconta combien résonnaient en lui les battements du coeur maternel avant même sa naissance. C'est là, dans le ventre de sa mère, que le boum boum boum boum martelait ses oreilles et traversait son corps tout entier comme une vibration imposante. La source de son apprentissage du rythme, l'origine de son intérêt pour la musique se trouvait-là, enfoui en lui, engendré en la mère; traversé de toutes parts par l'omniprésence du son régulier du tambour, secoué par ses coups répétés, par les saccades toutes à la fois violentes et réconfortantes du coeur fondamental qui animait sa propre volonté, il serait venu au monde avec cette oreille sensible et ce corps tourné vers la musique.
Dans sa biographie, Lou Reed évoque un autre souvenir capital : le souvenir des électrochocs qu'il a subis à l'âge de 17 ans, à la demande de son père qui voulait le "guérir" d'une homosexualité émergente. Loin d'avoir modifié sa nature profonde, cette expéricence traumatisante a trouvé un écho, dit-il, dans son amour pour la guitare électrique. L'art de jouer de la distorsion - sonorité si proche de l'électrochoc - a pu lui servir à surmonter et à dépasser une sensation à jamais ancrée dans sa mémoire. Trouver la source originelle de la musique dans le souvenir de la mère pouvait également lui offrir l'occasion de se réapproprier sa propre histoire.
(À suivre)
mercredi 22 avril 2015
Slogans pour la terre 2015
Des idées pour notre planète
comme des graines qu'on laisse pousser
et qui tôt ou tard, germeront.
Elles germeront
parce qu'on a besoin d'idées pour avancer
parce qu'ainsi va la Nature.
Le jour de la terre m'inspire. Des idées, que je développe, et des slogans que je publie. Dans des phrases courtes, j'essaie de remettre en perspective des concepts simples et connus de tous. Avec humour ou avec sérieux, je recompose un vocabulaire facile à utiliser pour penser notre Terre en ce 22 avril 2015.
Humm... Penser la Terre, vaste projet! Futile s'il n'aboutit pas à éveiller quelque chose chez le lecteur ou si, un jour, quelque part, il ne contribue pas à changer le cours des évènements. Or je suis convaincu que l'exercice n'est pas vain, tout comme je suis convaincu que chaque goutte dans l'océan, chaque feuille sur un arbre, chaque aile de papillon dans l'air et chaque individu dans la société compte.
Humm... Penser la Terre, vaste projet! Futile s'il n'aboutit pas à éveiller quelque chose chez le lecteur ou si, un jour, quelque part, il ne contribue pas à changer le cours des évènements. Or je suis convaincu que l'exercice n'est pas vain, tout comme je suis convaincu que chaque goutte dans l'océan, chaque feuille sur un arbre, chaque aile de papillon dans l'air et chaque individu dans la société compte.
Voici le Jour de la Terre 2015, réhydraté dans des slogans à partager jusqu'à la prochaine révolution de notre planète.
- Fahrenheit 451 : Le réchauffement climatique pourrait faire froid dans le dos
- Arts visuels : Le sur-emballage ou le retour du cubisme
- Smog : 50 nuances de gris
- Smog : 50 nuances de gris
- Zen : L'optimisme est une ressource non périssable
- Marathon vert : Courir 42 km sans croiser un seul déchet sur sa route
- Cocktail énergétique : Quand l'Arctique aura la taille d'un glaçon, on boira de l'eau lourde*
- Terre : Le monde qui nous existe
- Poisson d'avril : Poisson qui croit encore que les algues sont en plastique
- Über : Sur terre, on est tous dans le même taxi
- Exrta-terrestre : Le jour de la terre, soyez extraordinairement terrestre
- Engagement : Prendre position, c'est pas juste déplacer son avatar dans un jeu
- Explosif : Si des tonnes de déversements n'enflamment pas les esprits, nous sommes menacés d'extinction
- Informatique : Le 22 avril, faites une sauvegarde
- Informatique : Le 22 avril, faites une sauvegarde
- Stephen Harper : Attention, matière dangereuse! Ne pas recycler
- Lobby industriel : Opinion fragile, (se faire) manipuler avec précaution
- Austérité : Sur une planète fertile, nous avons fait pousser une sécheresse intellectuelle
- Énergie solaire : Faites bronzer votre maison
- Proverbe terrien : Là ou tombent les arbres poussent les cercueils
- Recto-verso : Changez le monde avant qu'il ne vous change
- Soins palliatifs : Injection massive de pétrole pour industrie en phase terminale
- Spock : Tendez l'oreille, un monde meilleur est en marche
- Boîte noire : Le bac de compostage, un truc simple pour éviter la catastrophe
- French Kiss : Le jour de la terre, téléchargez de l'oxygène
* eau loure : eau utilisée dans des centrales nucléaires.
- Énergie solaire : Faites bronzer votre maison
- Proverbe terrien : Là ou tombent les arbres poussent les cercueils
- Recto-verso : Changez le monde avant qu'il ne vous change
- Soins palliatifs : Injection massive de pétrole pour industrie en phase terminale
- Spock : Tendez l'oreille, un monde meilleur est en marche
- Boîte noire : Le bac de compostage, un truc simple pour éviter la catastrophe
- French Kiss : Le jour de la terre, téléchargez de l'oxygène
* eau loure : eau utilisée dans des centrales nucléaires.
jeudi 2 avril 2015
Lettre téléportée vers le futur
Le 23 décembre 2014, le journaliste Fabien Deglise a proposé à ses lecteurs, dans une chronique du journal Le Devoir, de lui soumettre des idées sur ce qu'ils souhaiteraient léguer à l'humanité du futur. Cet héritage culturel serait logé dans une capsule temporelle enfouie dans le sol à l'attention des hommes et des femmes de...2115.
Motivé par cette proposition insolite lancée hors de tout calendrier symbolique et de toute commémoration particulière, j'ai proposé d'inclure dans cette capsule une lettre.
Pas un disque dur chargé de souvenirs, pas un enregistrement, pas un livre ou un kit de survie. Non, juste une lettre. Une sorte de réflexion sociosophique téléportée (!) sur une façon particulière de voir la vie en 2015. Je suis convaincu qu'elle aurait sa place à côté de tous les objets dont la capsule temporelle ne manquerait pas d'être chargée.
Sachant que la proposition du chroniqueur ne se matérialisera pas au delà du récit, j'incorpore maintenant cette lettre à mon blogue à destination des lecteurs d'aujourd'hui et de 2115. Qui sait, ce seront peut-être mes descendants qui tomberont dessus. Ou bien les vôtres, va savoir...
« Chers lecteurs anonymes,
Votre appel a été entendu . Et après un siècle, notre voix, enfin, peut sortir de son écrin sépulcral. Encore étourdi par la terre et la roche qui l'ont recouvert, son écho de poussière métallique vient soudain de se propager jusqu'à vous.
Hier, il y a 100 ans, à l'initiative du journal Le Devoir, nous avons exercé notre imagination. Nous avons transmis nos idées aux profondeurs de l'oubli pour qu’il vous les dévoile en retour.
Vous voilà si proches de nos oreilles à présent, si curieux des révélations que nos tombes peuvent laisser entendre ou sous-entendre!
Le cycle infini des idées et de l’imaginaire s'anime toujours sur les traces de ce existe déjà :
- les réseaux virtuels ont d'abord germé dans les réseaux génétiques et généalogiques, mus par essais et erreurs, doutes et hasard;
- les prothèses osseuses et mémorielles sont nées des corps manqués ou insatisfaits. Vous le savez, nous le savions, mais nous ne cessons pas de chuchoter à nos futurs voisins que la quête de l'inconnu et de l'idéal passe aussi par l'oubli.
La transmission amoureuse sous toute ses formes, des plus anciennes aux plus évoluées, permet toujours d'être soi-même et de surmonter les contradictions, et notre culture n’est pas devenue un vestige, pas davantage que notre socialisation : chaque image, chaque son, chaque mot sont compilés dans les profondeurs de la mémoire virtuelle, c’est a dire, maintenant, de votre mémoire consciente et inconsciente, palpable et intangible. De celles qu’on ne peut comprendre sans les sentiments, les émotions, les rires, les larmes qui les ont enfantées :
- voici nos guerres que nul discours ne peut éclairer seul;
- voici nos bouleversements sociaux que nul image ne peut suffire à exprimer.
Votre héritage tient dans la main, dans le fil d’ADN, mais sa lecture est irrationnelle et illogique, son désordre est indescriptible et permanent tant que vous n’y mettez pas un peu de votre humanité.
Nos impressions sont les seules choses qu’il nous reste a vous donner au delà de la distorsion de l’Histoire et du poids de la Terre ensevelie. À peine quatre générations nous séparent, à peine quatre générations nous unissent.
Tout a été écrit, mais tout reste à dire : les révolutions et les frontières ne sont que provisoires, les migrations sont permanentes. Et ne vous détrompez pas : nous savions que nous étions facile et difficile à vivre, que nous étions dans le droit chemin autant que dans l’erreur en persévérant dans des stratégies de court terme :
- 100 ans découpés en décennies de technologie efficaces et dévorantes en ressource et en espoirs;
- 100 ans de paix mutilés en cycles de négociations de guerres commerciales;
- 100 ans d’individualisme pliés dans les courbes démographiques et migratoires gigantesques;
- 7 milliards de réponses en quête de leur question fondamentale.
Tout ce que vous lisez et voyez dans notre passé n’est peut-être finalement rien d’autre que notre vibrant et immortel espoir : celui de vous entendre transmettre, à votre tour, la voix qui transpercera les silences de tous les rêves devenus poussière. »
jeudi 19 mars 2015
Roche, papier, ciseaux - nouvelle version
Connaissez-vous le jeu Roche, papier, ciseaux?
Jeu simple qui se joue dans les cours de récréation, il amuse par sa facilité et sa spontanéité. Très ancien, il sert également de méthode efficace de tirage au sort. (Wikipédia en dresse un portrait détaillé.)
Deux joueurs face à face présentent simultanément une de leurs mains, laquelle reproduit par sa forme soit une roche - poing fermé - soit une feuille de papier - main à plat horizontalement, les doigts collés - soit enfin une paire de ciseaux - poing fermé, index et majeur tendus et écartés vers la main adverse.
La roche l'emporte sur les ciseaux en l'émoussant;
La feuille l'emporte sur la pierre en l'enveloppant;
Les ciseaux l'emportent sur le papier en le coupant.
J'ai imaginé une déclinaison originale à ce jeu en donnant des signification aux trois éléments qui ne sont plus simplement des objets, mais deviennent des représentations de situations réelles, vécues par des gens ou par les joueurs eux-mêmes.
Sans aucun cynisme, je juxtapose 12 significations à chaque main du jeu original et propose 12 variantes du jeu pour composer, par analogie entre les mains et leur signification, des combinaisons qui deviennent des rapports de force vécus à peu près par tout le monde ici bas.
Je vois dans cette nouvelle version du jeu un bon moyen de rappeler que nos choix sont déterminants dans l'existence, tout autant que le hasard, dont l'influence est omniprésente; Un jeu comme une métaphore des jeux de pouvoir.
Je vois dans cette nouvelle version du jeu un bon moyen de rappeler que nos choix sont déterminants dans l'existence, tout autant que le hasard, dont l'influence est omniprésente; Un jeu comme une métaphore des jeux de pouvoir.
La force respective de la roche, du papier et des ciseaux, est respectée; toutefois, si les analogies et les combinaisons vous semblent moins évidentes, pourquoi ne pas imaginer que la main la plus forte soit celle du joueur qui saura convaincre l'autre de son raisonnement?
Quand la vie nous joue des tours...
Roche papier ciseaux
Cancer diagnostique bistouri
Intifada feuille de route mur de séparation
Travail promotion licenciement
Sida préservatif pape
Maison hypothèque dette
Territoire passeport déportation
Alliance mariage divorce
Impérialisme World trade Center avion de ligne
Or monnaie taux d'intérêt
Métro boulot dodo
Canada constitution séparatisme
Coups insultes silence
lundi 2 mars 2015
Midge Ure - entrevue - Montréal - 2015.
De mémoire vive et électronique, c'est la première fois qu'il se produisait à Montréal. Son dernier passage au Québec - à Québec - remontait à 1989. Autant dire un temps cosmique pour ceux qui aiment sa musique et sa voix. J'en fais partie.
C'est sur le site web de Midge Ure que j'ai appris son passage dans la métropole. Il me restait deux semaines pour acheter mon billet. 27 $ pour un plaisir qui a duré 14 jours - fébrile attente - et une heure trente de concert. Le meilleur pour la fin, il va sans dire. La Sala Rossa n'étant pas très grande, premier arrivé, premier servi.
Et le public - des fans absolus - a été servi!
Extravox!
Seul avec sa guitare acoustique amplifiée, Midge Ure a donné une seconde vie à des titres qui ne se prêtaient pas facilement à un tel minimalisme; les chansons de Brilliant (2012) d'Ultravox sont dans la droite ligne de ceux de la période 1980-1986 : orchestraux, chargés. Les titres des albums solo également, excepté le dernier, Fragile (2014). Tour de force réussi. Car Midge Ure, c'est d'abord une voix. Une voix haute, puissante. Et là, sans batterie, sans basse, sans synthétiseurs, elle a occupé tout l'espace. Un espace constellé de mélodies sans âge. Une nébuleuse de succès pour une voix fidèle à son histoire.
Ma crainte d'être déçu par la version acoustique s'est envolée sitôt qu'il a déroulé deux accords. Dès son arrivée sur scène - visage familier - il a empoigné sa guitare et s'est lancé dans un exercice d'équilibriste. il n'est pas tombé, il s'est élevée. Paroles claires, épurées. Mélodies immanquable, sûres. Le public a été suspendu...
Battements du coeur
J'avais apporté avec moi un carnet dans lequel j'avais griffonné quelques questions. Et une caméra numérique. Car je m'étais réveillé avec l'idée de lui solliciter un entretien. Pourquoi? Parce que personne n'a annoncé son concert, hormis la Sala Rossa sur son site et ses petits moyens. Parce que je savais que ce serait un concert intime. Parce que je m'étais dit : et pourquoi pas?
Pourquoi pas lui parler? Il me semblait d'une simplicité sincère et ce n'est pas une star malgré l'énorme succès passé devant lui. Alors l'idée prit de plus en plus de place dans mon esprit, et durant le spectacle, je ne cessais de me convaincre : je vais lui parler, je ne sais pas comment m'y prendre (la caméra c'est pas l'idéal... Qui va la tenir?!). Mon coeur battait les mesures de la musique et de mon stress qui s'amplifia jusqu'à la dernière toune. Et puis, le rideau redescendu, le chanteur rejoignit ses fans dans la salle.
Mr. Ure
Calme, posé, souriant. Tel un chum de longue date. Midge Ure est là. J'attend que les selfies et les autographes passent. (Mon tour ne doit pas rendre les autres impatients car je vais lui prendre un peu plus de temps). Je m'attend à un refus. À bafouiller. A perdre mon Anglais. À pédaler dans le vide comme un astronaute qui a oublié l'apesanteur qui règne sur la planète Ure. Me voilà devant lui. Poignée chaleureuse.
- "Would you accept a short interview? I'm a bloger, and... "
- "Oh yes, no problem!"
Thats'it comme on dit en bon québécois! Voici donc pour vous l'unique entrevue de Midge Ure à Montréal. (Oui, je flotte encore malgré la prise de vue un peu floue).
mardi 24 février 2015
Là où tourne la chance
Dimanche après-midi, rue Notre-Dame, à Montréal. Nous roulons en direction de la bibliothèque de Pointe-Aux-Trembles pour lire et s'amuser, trouver des livres pour toute la famille. La séance de patin à glace libre à l'aréna d'où nous venons est annulée parce que l'équipe junior de Pointe-aux-Trembles joue un match à domicile. Un peu déçus en croisant les joueurs franchir la porte d'entrée, nous nous demandions comment passer notre après-midi. J'avais proposé que nous regardions la compétition, mais personne n'avait semblé partager mon enthousiasme. Les patinoires extérieures sont nombreuses dans le quartier, il aurait été facile de patiner; les glaces nous tendaient les bras, mais le froid et la neige les refermaient aveuglément. La neige virevoltait depuis le matin, s'accumulant au gré de vents rudes, et nous trouvions dommage de retourner à la maison : nous aurions aimé courir dans cette abondance de blancheur et d'aventure, agrandir notre fort érigé depuis deux mois dans le jardin, glisser sur les pentes. Mais le froid était à demeure et n'entendait raviver nos ardeurs qu'au prix d'une vaillance excessive pour les enfants.
Le choix
Le choix de la bibliothèque est alors devenu évident, sauf pour les enfants qui, contrairement à leur habitude ne veulent pas y aller. Refus bruyant, bottes énergiques dans le derrière du refus. L'autorité parentale ne se laisse toutefois pas démonter. Convaincus qu'ils s'y amuseront une fois sur place, nous nous engageons vers la bibliothèque et son étage complet dédié aux plus jeunes. Livres, jeux, nouveaux amis, les arguments sont faciles et connus. Mais les cris ne cessent pas.
Donc, me voilà roulant très lentement sur la rue notre-Dame car la visibilité est perturbée, mais également car je suis précédé sur la route par quatre énormes déneigeuses du genre ci-dessous.
Positionnées en diagonales deux par deux, elles avancent tranquillement, au même rythme, en poussant sur leur côté droit des kilos de neige fraîche, vaporeuse, lourde. C'est un spectacle toujours étonnant malgré l'habitude. Coupant court au brouhaha ambiant, je m'exclame « regardez!. Là, juste devant, regardez les déneigeuses!»
Par magie, les pleurs et les discussions cessent instantanément. Je pointe du doigt l'objet de mon émerveillement en espérant que les enfants profitent du spectacle et que nous puissions tous retrouver notre bonne humeur habituelle. Quel ravissement de voir leur surprise et leur réaction!
Je le sais de nouveau à ce moment là : c'est parce que j'ai été un enfant que j'ai eu envie de fonder une famille.
Notre voiture devient un observatoire de la faune mécanique qui s'ébat devant nous. Le troupeau d'éléphants d'acier délimite le territoire, repousse les éléments et la glace avec une rare force tranquille. Nous semblons si petits, si vulnérables en passant à leur hauteur que j'en oublie presque que nous sommes sur la route. Le marquage au sol est quasiment invisible, sinon suggéré par les traces des énormes roues des machines jaunes de la voirie.
#!&?**
Parvenus à un carrefour, nous les admirons tourner à droite tandis que nous bifurquons vers la gauche. Ils s'éloignent dans les brumes lorsque j'entame mon virage en redressant la tête devant moi. Avant même que j'aie pu terminer ma manoeuvre, une voiture de police arrive droit sur nous. Diable! Une seconde, je cherche à comprendre - la lumière est verte pour nous, donc rouge pour eux (#!&?**). Une fraction de secondes et je sais que je ne peux presque plus rien changer. Brutalement je reprends la vigilance que j'avais abandonnée distraitement en voulant détourner l'attention des enfants, et serre les mains sur le volant. Il est trop tard pour s'arrêter, alors j'accélère. La voiture de police parvient à nous contourner par l'arrière sans déraper.
Un silence de plomb s'abat tandis que je termine mon virage. Je vois un accident évité de justesse défiler devant mes yeux, et mes espoirs d'après-midi agréable s'effondrer comme de la neige fondue au chalumeau. La voiture de police est repartie comme si de rien n'était, je poursuis ma route, lentement.
Alors que les enfants me demandent ce qui se passe dans le rétroviseur, je scrute pour savoir si la police a bel et bien oublié son gyrophare et sa sirène. « Désolé tout le monde pour la secousse, je n'avais pas le choix ».
Je retrouve mes esprits, conscient de m'être moi-même plongé dans la rêverie trop facilement. Les policiers ne m'avaient pas vu, et moi non plus je ne les avais pas vu. Sont-ils passés à l'orange? Avaient-ils signalés? Avaient-ils jugé qu'ils avaient la marge de manoeuvre suffisante pour nous éviter? Leur vitesse ne nous aurait pas été fatale, mais on aurait tout de même été secoué. Je me remémore la scène, pour y trouver des indices, mais à chaque fois, elle s'efface un peu plus, comme un disque acétate. Nous sommes tous impatients d'arriver à la bibliothèque.
À ce moment de mon récit, vous vous dites probablement que j'ai eu de la chance. Or, ce n'est pas tout à fait vrai.
L'imprudence
Il s'est passé plusieurs choses depuis que je suis monté en voiture, et mon passage à la lumière n'est qu'un évènement parmi d'autres. Rétrospectivement, c'est celui qui frappe le plus l'imagination, c'est celui dont on se souvient le mieux pour plusieurs raisons évidentes, et à juste titre. Si je raconte ma journée comme je vous l'ai décrite, ceux qui m'écoutent me diront sûrement qu'en fin de compte, j'ai eu de la chance de ne pas avoir eu d'accident. Mais si je ne focalise pas sur le dernier incident évité, et si je revois la séquence de l'après-midi dans son intégralité, je réalise que je n'ai pas toujours eu de la chance.
Rappelez-vous : la séance de patinage a été annulée, nous ne savions pas que faire de notre temps, les enfants ne voulaient pas aller à la bibliothèque, les conditions de route étaient mauvaises, la route était obstruée par des engins de voirie, nous étions impatients, la police était présente.
La réalité est qu'il est rare de croiser la police sur cette route, surtout un dimanche. La réalité est qu'il est aussi rare de croise un troupeau de quatre déneigeuses, qu'il est rare que l'aréna soit fermée au public quand l'équipe n'utilise qu'une seule des deux glaces (celle de l'équipe). Non, décidément je n'ai pas eu que de la chance.
Me dire que j'ai eu de la chance de ne pas avoir eu d'accident est le principal argument pour me convaincre qu'il me suffira d'être plus vigilant sur la route pour éviter de revivre une telle situation. Si je m'en tiens à cette analyse, je risque tout de même de m'exposer de nouveau aux mêmes conditions. Raconter et revivre l'incident évité ne me dit pas qu'il faut consulter l'horaire de l'aréna à chaque fois avant d'y aller, qu'il vaut mieux discuter avec les enfants du plan B (comme dans bibliothèque) avant de prendre la route, ni que la roue du hasard n'est pas en congé le dimanche.
La loi de Murphy
Il se passe à peu près la même chose - à l'envers - quand on parle de la loi de Murphy : en voiture, on croit que toutes les lumières sont rouge et qu'il y a davantage de trafic quand on est en retard. On croit qu'on n'a décidément pas de chance ce matin là et que tout va de travers : notre café se renverse sur nos jambes, on oublie l'agenda, etc..., sans se rappeler que notre trajet est congestionné à cette heure là tous les matins. Sans se rappeler que les lumières ne sont pas réglées en fonction de nos retards, qu'on a pas eu besoin de passer à la pompe car on l'avait - par prudence - fait la veille, qu'on a évité plusieurs accident parce qu'on s'est davantage exposé au danger à cause de notre vitesse excessive. Et en oubliant que, finalement, on est arrivé avec seulement 5 minutes de retard.
Nous avons passé un après-midi riche en émotions. Le soleil brillait dans la bibliothèque jusque sur les pages de nos livres, ce qui nous forçait parfois à plisser les yeux pour mieux pouvoir lire. Pas question toutefois de changer de places, nous nous sentions trop bien dans nos fauteuils verts douillets. On lit toujours mieux quand on est confortablement assis, les sensations et l'émotion passent mieux, on dirait.
C'est notre instinct de survie et notre naturel sélectif qui nous font voir un seul côté des choses en oubliant le mauvais ou le bon côté selon le cas. Avoir été chanceux ou malchanceux nous fait souvent oublier que les conditions de la chance changent à chaque .instant en fonction de notre comportement. Et nous fait souvent croire que « ça n'arrive qu'à nous » ou pire encore, que « ça n'arrive qu'aux autres ».
Nous avons passé un après-midi riche en émotions. Le soleil brillait dans la bibliothèque jusque sur les pages de nos livres, ce qui nous forçait parfois à plisser les yeux pour mieux pouvoir lire. Pas question toutefois de changer de places, nous nous sentions trop bien dans nos fauteuils verts douillets. On lit toujours mieux quand on est confortablement assis, les sensations et l'émotion passent mieux, on dirait.
C'est notre instinct de survie et notre naturel sélectif qui nous font voir un seul côté des choses en oubliant le mauvais ou le bon côté selon le cas. Avoir été chanceux ou malchanceux nous fait souvent oublier que les conditions de la chance changent à chaque .instant en fonction de notre comportement. Et nous fait souvent croire que « ça n'arrive qu'à nous » ou pire encore, que « ça n'arrive qu'aux autres ».
La chance tourne...là où on veut bien regarder.
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