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lundi 23 janvier 2012

...Suspension...


Voici un rêve qui m'est apparu la nuit dernière. Je vous le décris très simplement, conscient (!) qu'il est impossible de rendre compte des sensations vécues sans alourdir mon propos.

Les faits sont les suivants:

Je m'endors.

La scène d'un théâtre toute blanche et très éclairée se révèle. Tout le lieu est plongé dans une clarté nue, bien qu'il soit confiné et rempli de monde. Le magicien Harry Houdini apparait, vêtu d'un costume trois pièces blanc. Sans un mot, il présente au public une grande cuve de verre scellée par des courroies de fer forgé. De trois fois la taille d'un homme, elle est remplie d'eau. La masse de verre catalyse l'attention et l'espace comme un aimant.

Houdini traverse la scène à grandes enjambées, et revient côté cour avec Sigmund Freud à son bras. Il emprisonne avec des chaînes excessivement grosses et lourdes le psychanalyste consentant, avale la clé d'un cadenas gros comme une tête de chat et ordonne la lévitation du volontaire pour le plonger dans la cuve. Tandis que Houdini guide l'opération, les doigts tendus vers un mécanisme de traction immatériel, Freud demeure droit et impassible.

Dans l'eau, immobile et sans respiration, Freud fixe intensément une ombre allongée au premier rang de la foule des anonymes pour l'hypnotiser.
Plus rien ne bouge. L'ombre sans relief attend son sort, Freud l'atteignant sans sourciller.

Dans la cuisine, l'horloge a maintenant une quatrième aiguille. Celle-ci ne bouge qu'une seule fois au cours de notre vie.

je me rêveille.

dimanche 22 janvier 2012

En vrac.

Bonjour,
Mon travail et ma formation absorbent mes journées autant que mes soirées comme jamais. je prépare des articles que vous lirez bientôt. On y parlera musique électronique et inertie, je ne sais pas encore dans quel ordre. Mais les deux se mélangent difficilement.
Je tape encore sur mon premier ordinateur qui a onze ans, et je n'ai fait qu'y ajouter de la mémoire, vous devinez donc ma frénésie consommatrice. Je suis satisfait. Imaginez le nombre d'ordinateurs qu'un occidental moyen achètera au cours de sa vie, et demandez-vous si l'ordinateur est vendu pour nous simplifier la vie. Demandez-vous à quoi le terme dématérialisation fait référence. Demandez-vous ce que l'informatique vous demande de faire pour demeurer à jour. À jour de quoi au fait?

vendredi 6 janvier 2012

Malajube


                                                       Crédit photo:  Joseph Yarmush



« La musique de Malajube est un hologramme de musique pop : des mélodies éclatantes, projetées dans des dimensions fascinantes.  Envoûtant »

Trop précis, trop éclaté et décalé pour n’être que de la pop ludique, Malajube joue dans sa bulle et laisse planer un doute. D’oû vient cette aisance dans les mélodies? D’oû part cette force, cette unité de ton et de jeu? Oû va-t-elle, cette apparente insouciance, une fois sortie de la Caverne et du Labyrinthe?
Que leur bulle éclate avec le succès auquel ils sont promis ne changera rien à l’affaire : Malajube cherche et vient nous chercher.

En 2004, les quatre gars de Sorel-Tracy forment leur groupe comme une famille, puis se lancent tête première dans la création. L’intérêt que Malajube suscite auprès du public et des médias est très rapide. Les premières critiques sont élogieuses, les suivantes confirment cette impression durable que le groupe suscite autour de lui. Aujourd’hui Malajube dispose de quatre albums qu'il faut voir – et écouter - comme une sorte de polygone captivant l’imagination autour de lui. La leur, la nôtre, grâce à des mélodies et des textes en trompe-l’œil, pour sonder les liens amoureux, les distances qui nous séparent parfois des autres et du monde autour de soi.

Tout en relief

Thomas Augustin, Francis Mineau, Mathieu Cournoyer et Julien Mineau sont des musiciens confirmés. Sur leur premier album, Le compte complet (2004), la qualité est patente et les choix artistiques sont établis, ils seront développés sur Trompe-l’Oeil (2006), puis élargis sur Labyrinthes (2009) et La Caverne (2011). Les chansons sont souvent faites d’un bloc : clavier, batterie, basse guitare partent ensemble et arrivent ensemble, poussant les mélodies sans relâche dans un crescendo continu, et dont la chanson "333" est un bel exemple. Sonorités proches du Rock dit « progressif », que la guitare et le chant éloignent aussitôt, les tirant vers un Rock plus dur. Le synthétiseur et la basse reviennent alors, plus "Pop", et à partir de là, les refrains transforment la chanson en un hymne futuriste qui se déploie tel un hologramme sonore. "Le tout-puissant" est de cet alliage.

Tout est dans l’un et l’un est dans le tout. Le chant se fond parmi les instruments, se coule dans les veines du coda, laisse flotter les paraboles, les métaphores comme autant de créatures phonétiques réunies par le courant électrique qui les porte.
Les mots planent et les instruments se suivent, se répondent, toujours.
Il est question de lien et de distance. Si « La Monogamie »« Luna », « La Valérie » ou « Étienne d’aout » tracent des rapports avec l’autre, « Radiologie », « Ibuprofène », « Le crabe », « La maladie » ou « Les dents » expriment la distanciation avec l’extérieur, avec les objets comme avec les corps.

Jubilatoire

La musique de Malajube parle au plaisir instantané qui ne demande qu’à éclater au fond de nous. Les refrains semblent surfer sur d’autres refrains dans la même chanson (les très belles « Ursuline » et "Porté disparu"), les mélodies libérant les endorphines en cascade. On songe à de la musique sérieuse qui n’as pas besoin de l’être. De la musique qui n’est pas faite pour nous libérer, mais pour nous rappeler que nous sommes libres, ici et maintenant. Libres de démesure. Libres d’être exalté sans être superficiel, d'être léger comme l'air et de ressentir le vertige. Les ruptures de tons qui rythment judicieusement les chansons de Malajube unissent ces contrastes et donnent de la force à leur musique.

Les textes de Julien Mineau s'accordent bien avec cette partition, en évoquant des situations saisissantes qui plongent le sujet au coeur de turbulences. Le sens laisse parfois la place à la musicalité des mots. Des mots à lire entre les lignes, et dans la continuité de l'album. Les titres sont bien choisis: courts, vifs, délirants, attirants.

Leur musique plaît, bien au delà du Québec - terre fertile pour ce genre d'expériences musicales - et le groupe tourne sans arrêt autour du monde (si vite, si loin), récoltant éloges et prix. S'exporter dans sa langue natale, le Français, donne d'ailleurs à Malajube l'occasion d'être un peu plus original sur les scènes du Japon ou d'Autriche. Jouer hors de ses frontières va de soi quand on cherche à atteindre l'autre autant que soi-même.

Ce groupe a des choses à dire, et pariez que le spectre de son langage s'élargira dans les années à venir. Malajube nous offre déjà une vibrante expression de sa mélodie intérieure.

Leur site internet en sait beaucoup plus.

lundi 2 janvier 2012

Mes réseau-lutions.

Dans le désordre:
- Être enfin sur les photos que je prends;
- Écrire, écrire, réécrire, décrire;
- Vous lire, vous voir, vous parler (réseau familial, amical);
- Réveiller les élus à coups d'idées neuves et pas neuves (réseau politique et social);
- M'hypnotiser (réseau interne);
- Patiner et potiner en même temps (sujets glissants...);
- Enrichir ma liste de réseau-lution;
- Revoir encore l'intégrale des épisodes de Cailloux (personnage pour enfants) (réseau familial);
- Lire Edgar Morin, Jose-Luis Borges (réseau neuronal);
- Me baigner en mai (réseau fluvial);
- Danser;
- Écouter et voir Arcade Fire et Malajube en spectacle;
- Réunir le rire et le sérieux (réseaux mixtes);
- Arbre... (réseau naturel.)

Très bonne année à tous, et bonnes réseau-lutions.


À défaut de pouvoir connaître l’avenir, nous avons inventé des dieux;
À défaut de pouvoir voler, nous avons créé l’avion;
À défaut de pouvoir être partout en même temps, nous avons imaginé les télécommunications;
À défaut de pouvoir tout connaître, nous avons conçu l’intelligence artificielle.
C’est pourtant les deux pieds sur terre, seuls et conscients que nous nous pensons tout-puissants.
Bien qu’il soit vrai que sans imagination, rien de ce qui est dit dans ce texte n’existerait.

Une bonne résolution est une résolution qui ne nous trompera pas en cours d’année. C’est celle qui nous fera rêver, ensemble, sans nous aveugler.

Même après le 12 décembre 2012…

vendredi 23 décembre 2011

Vaclav Havel


Vaclav Havel

En 1993, lors de mon second périple en Europe centrale, il m'était impossible de ne pas revoir Prague. La ville était alors devenue la capitale de la Tchéquie nouvelle, et en déambulant dans le coeur de la cité, je retrouvais sans peine les images sensationnelles qui m'avaient subjugué l'année précédente. Prague. Un nom, une âme. La ville me paraissait si loin de Lille que je ne parvenais pas à établir de lien avec l'Europe dite occidentale.
En train, ce n'est pourtant pas si loin, mais dans un livre d'histoire, Prague c'est ailleurs, c'est dans un autre temps.
En septembre 1993, alors que les sites principaux me sont devenus familier, je me hasarde sans carte ni repère dans les entrailles de la cité. Tout est si beau que je me sens libre de me perdre. J'ose franchir la porte d'une taverne sombre, attiré par une petite enseigne Rock, en parfait contraste avec les boiseries et vitraux du XVIIe siècle. Le lieu est figé dans le temps, somptueux, confiné, mais la faune est jeune, bigarrée et animée; Il respire la contre-culture, la jeunesse, le bruit. Je suis bien tombé, me dis-je.

Prague « Underground »

En feuilletant le dépliant du lieu, je découvre que Moe Tucker y donne un concert ce soir. Moe Tucker a été membre de The Velvet Underground, le groupe New Yorkais qui a donné son sens au terme "musique Underground", durant les années 1965-1970. Un groupe que j’adore; Le Velvet, c’est ma religion.
Je me dis que j'ai une chance incroyable et qu'il fait décidément bon de se perdre dans Prague.
Il est acquis que je me suis adresseé à la barmaid pour lui acheter un billet, que j’ai, pour l’occasion retrouvé mon plan de la ville pour tenter, sans succès, d'y dessiner un gros point rouge pour désigner l'endroit. Il est 17 heures, et je suis fébrile. Je sors visiter un peu le quartier- pas trop loin, je ne veux à aucun prix manquer le show - et suis de retour à 20 heures pour la réouverture du lieu.

Les pépites

Le spectacle commence. Je me suis faufilé au premier rang, juste derrière le cordon de sécurité, je suis aux anges. J'ai l'impression d'assister, avec 150 autres chanceux, à un truc rare, un « Showcase » confidentiel qu'on ne voit qu'une fois.
Mais quelle n'est pas ma surprise lorsque, me familiarisant avec l'obscurité et le garde du corps posté juste à côté de moi, je réalise que l'homme assis à une table juste en avant est ...
Mais oui, c'est lui, c'est Vaclav Havel, en train de fumer une cigarette, comme n'importe quel client. En tout cas, pas comme le président qu'il a été et qu'il est redevenu. Les jambes croisées, la veste de tweed, le profil familier, il savoure le spectacle en homme simple mais néanmoins initié. Je le devine de connivence avec les musiciens comme il sait l’être avec son peuple. Tout simplement Vaclav Havel, là à deux mètres de moi, parmi les ombres envoutantes des noctambules, les mélodies improbables des générations.

Là, je suis renversé! Je ne sais plus si c'est sa présence ou la chance d’être ici ce soir qui m'impressionne le plus, mais j'ai un sourire en banane et des pépites dans les yeux.
Le garde du corps que je finis par questionner histoire d'être certain de ne pas rêver, me comprend à travers le bruit et me fait oui de la tête en souriant. (Rit-il du seul gars dans la foule qui n'y croit pas?)

Le billet

Je cherche mécaniquement mon billet de concert, tout en essayant de conserver ma place car la foule commence à remuer solide autour de moi. À défaut d'avoir une photo à prendre, je me dis que sa signature scellera le moment que je vis. Mais j'hésite. Un autographe c'est un peu idiot, me dis-je. Si au moins j'avais un de ses livres...

Le garde du corps que le bruit sur scène et la danse de la foule ne rendent pas nerveux comprend mon hésitation et m'invite à lui donner mon billet. Je m'exécute tout en le regardant, incrédule, porter le tout à l'illustre personne que je ne cesse de regarder entre les volutes découpées par les néons. Vaclav Havel lève les yeux vers son interlocuteur, puis tourne la tête dans ma direction, m'identifie d'un seul coup d'oeil et me regarde. Il prend mon billet, se redresse pour y écrire quelques mots à l'endos, puis redonne le tout à son messager. Il m'adresse alors un sourire amical, accompagnant d'un chaleureux salut de la main son témoignage de gratitude. Je lui dis merci, sans voix, par delà la musique.

Son geste a duré pour moi l'instant d'une éternité.

L'impression que j'en garde est aussi forte que les mots de Vaclav Havel sur mon billet: "Občanské fórum" (Forum Civique), accompagnés du symbole du cœur en guise de dédicace.
Ce n'est pas un autographe.
C'est une promesse.
J’y ai lu la conviction que l'on doit toujours suivre sa voie, en tant que peuple ou individu, peu importent les chemins à emprunter pour y parvenir.

mardi 20 décembre 2011

Cosmopolis

Parmi tous les gens que je connais, certains demeurent à Lille et à Montréal, et d'autres sont partis vivre à Paris ou à Marseille, à Rome ou à Toronto, à New Delhi, à Bordeaux, à Hong-Kong, Croix, Le Caire, Jérusalem.

Pourtant ils habitent tous mes pensées, là, dans ma tête, juste au dessus des yeux.
Je n'ai donc pas besoin de les voir pour penser à eux.
N'empêche que j'ai toujours le goût de voyager...