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mardi 14 juillet 2015

Gymnastique faciale (et mentale)


Pratiquer la gymnastique faciale
n'est pas plus futile que
de se soucier de son apparence.
(Citation d'un célèbre anonyme)

Le visage. Comme toute autre partie du corps, le visage mérite d'être entraîné, entretenu et massé afin d'en soulager et d'en tonifier les muscles. De très nombreux muscles, dont certains sont sollicités, parfois sans même que vous ne vous en aperceviez. Siège des expressions et des sens (la vue, l'odorat, le goûter, l'ouie et le toucher), le visage est mis à rude épreuve : contraction excessive des muscles autour des yeux due à l'exposition aux écrans électroniques, crampes de joues consécutives à des fous rires, étirement de la bouche chez les chanteuses et les chanteurs d'opéra, ramollissement de la peau causée par l'apathie ou l'absence prolongée de réactions, contraction inversement proportionnelle des muscles sous l'effet de l'empathie, etc...





Le visage et l'esprit


Porte d'entrée et de sortie de toutes les pensées*, il est la surface d'exercice la plus utilisée pour communiquer : c'est l'interface(!) irremplaçable entre vous et le monde. La gymnastique faciale - soutenue par de simples pensées - vous permettra d'en rétablir toute l'élasticité et toute la superficie.

En effet, nous passons tellement de temps à regarder, polir, embrasser, caresser, maquiller, scruter, habiller ou raser les visages, qu'un massage réparateur ne peut être que salutaire. Le visage, ce territoire si précieux, cette frontière sans cesse soumise à la surveillance - externe et interne - et dont la malléabilité dépasse de loin son reflet dans le miroir, est votre meilleur ami. Sachez lui redonner son allant naturel en pratiquant la gymnastique faciale et mentale, un secret trop bien gardé dont peu de gens se soucient.

Alors, voici pour vous un programme naturel, sans botox ni intox. Des conseils à prendre à la légère - donc avec sérieux - pour que votre expression naturelle et spontanée ne fane pas devant un égo démesuré qui oublierait que sans visage, il n'est peut-être pas grand chose.



* Ainsi, selon votre humeur, celui-ci pourra vous paraitre tantôt trop large, tantôt trop étroit, trop ouvert ou trop fermé.

Exercice no. 1. Lundi matin : dépliez votre plus large sourire, en comprimant vos joues le mieux possible. Aidez-vous de vos mains au besoin. C'est le premier jour de la semaine, réjouissez-vous! Vous voici de nouveau sur la case départ du calendrier hebdomadaire, tout est possible même le jugement dernier. Déridez vos zygomatiques sans retenue pendant quelques secondes, puis relâchez la pression.




Exercice no.2. Mardi : levez les sourcils le plus haut possible en plissant le front. Levez-les simultanément, ou alternativement si vous en êtes capable. Votre champ de vision s'élargit un peu, vous semblez à présent étonné, surpris même.  Relâchez puis répétez l'exercice trois fois.




Exercice no. 3. Mercredi après-midi : pleurez sans retenue, laissez trembler votre menton, vos lèvres se tordre, vos yeux se plisser. Pleurez par saccades, faites ruisseler les larmes riches en sodium sur votre peau. N'attendez pas qu'un malheur arrive avant de ressentir cette profonde libération. C'est le milieu de la semaine et vous êtes en vie : la foudre ne vous a pas touché, pas plus que la faucheuse déjà trop occupée. Prenez une grande respiration pour mettre fin à l'exercice avant qu'il ne soit trop tard.






Exercice no. 4. Jeudi : baillez en ouvrant la bouche le plus grand possible. La semaine de travail est longue et il n'y a aucune raison pour ne pas se lasser. L'étourdissement n'est pas loin et votre corps a besoin de son relaxant naturel.




Exercice no. 5. Vendredi soir : plissez le nez, ondulez la bouche et froncez les sourcils en même temps. C'est vendredi soir, pratiquez cet exercice comme si vous faisiez du Air Guitar ou du Air Drum. Vous êtes célèbres partout dans votre tête, votre moue frondeuse est dans tous les journaux. Votre moi intérieur vous applaudit, vous hurle d'aller plus à fond et de vous jeter dans une foule invisible.




Exercice no. 6. Samedi : secouez énergiquement la tête de droite à gauche pour que tout votre visage soit secoué comme un masque de caoutchouc. Agitez ensemble tous ces portraits de circonstance que vous ne reconnaissez plus et qui vous collent trop à la peau. C'est la fin de la semaine, il est temps de laisser tomber les apparences et de vous accepter tel que vous êtes.




Exercice no. 7. Dimanche midi, à l'abri des regards : Avez-vous vraiment fait tous les exercices présentés dans ce programme? Si tel est le cas, essayez maintenant votre pire grimace. Allez-y sans retenue, extériorisez ce fou qui dort en vous et ne demande qu'à sortir. Vous allez rire c'est certain! 



La gymnastique faciale ne retarde pas le vieillissement; penser le contraire serait comme croire qu'on peut éviter d'avoir les oreilles décollées en les comprimant sur la tête avec un bandeau.

C'est toutefois une technique de massage efficace comme une autre, mais qui ne s'arrête pas aux épaules. Et peu importe votre condition physique, la santé faciale - et mentale - passe inévitablement par le rire : avec lui vous retrouvez les joues roses, le teint enjoué, et vous donnez une orientation nouvelle à vos rides. Vous oubliez aussi les complications de la vie, les imperfections, le vieillissement et les jugements moraux. Et ceux qui vous regardent l'oublient aussi, comme par mimétisme. 


Tout est fait comme si à travers un miroir déformant vous révéliez le meilleur de vous-même.


Bon été à tous!


vendredi 19 juin 2015

Dans le ventre du souvenir - deuxième partie.


« Le premier souvenir de la Mère

nous rapelle qui nous sommes

celui que nous étions

et l'autre que nous deviendrons »

(Aphorisme des pré-naissants - Le détachement)



Autosuggestion

 

Les souvenirs intra-utérins et les premiers souvenirs représentent-t'il une sorte de Graal? Est-il possible de se les rappeler? De les sortir de l'oubli? L'idée est assez séduisante, notamment pour quelques manipulateurs aussi diversifiés qu'ingénieux qui voient dans l'exploration des souvenirs et leur interprétation un marché lucratif. Le souvenir peut alors être utilisé comme jalon d'une mesure hautement subjective et très élastique pour interpréter notre vécu et influencer notre comportement. Utilisé à bon escient, le souvenir peut toutefois devenir la clé pour ouvrir - ou refermer - une période critique de notre vie. 

 

Loin de la psychanalyse traditionnelle, de nombreux mouvements de développement et d'épanouissement personnel, animés par des volontés de contrôle, exploitent savamment nos appétits de mémoire. Revivre les souvenirs de notre naissance et de notre vie passé est au programme de nombreux groupements, églises ou religions minoritaires fondés sur une pensée tantôt parascientifique ou paranormale, tantôt magique.

 

Le plus connu et le plus pernicieux de ces mouvements est l'église de Scientologie, laquelle postule la persistance de souvenirs douloureux de notre vie en cours et de nos vies passées dans notre cerveau, l'empêchant d'acquérir une puissance phénoménale. Pratiquant une manipulation très rigide, la Scientologie propose, à travers des cours qui ressemblent à s'y méprendre à une psychanalyse hypnotique, de revivre les souvenirs douloureux encore et encore jusqu'à ce qu'ils ne génèrent plus aucune émotion. Et ainsi, de remonter une chaine de souvenirs jusqu'à notre naissance et au delà, remonter la chaine de souvenirs de nos nombreuses vies passées. Cette technique ne tient aucun compte des souvenirs heureux qui ne figurent pas dans sa doctrine sur le mental dont elle a d'ailleurs redéfini le terme.

 

Quête interminable et ô combien onéreuse, une telle approche considère le mauvais souvenir comme un corps étranger indépendant de notre volonté. Le souvenir devient le socle à partir duquel l'individu interprète ses actions bonnes ou mauvaises, et s'ouvre à la manipulation mentale. Tout cela est en fin de compte fondée sur l'autosuggestion : les adeptes choisissent leur vies futures et s'inventent des souvenirs lointains, sous la pression de l'organisation qui ne voit de salut que dans la reprogrammation des souvenirs. Peu importe qu'ils aient été un jour Jésus ou Joseph Goebbels dans votre vie passée (d'anciens adeptes ont révélé s'être inventé de telles identités), l'absence de souvenirs douloureux est qualifiée par les supérieurs d'acte de rétention et de refus de participer, donc d'entrave à leur démarche personnelle tout comme celle de l'église. 

 

Un des préceptes de la scientologie fort à propos commande aux futurs parents le silence absolu au moment de la naissance de leur enfant. Silence sans lequel des souvenirs douloureux pourraient venir se greffer dans l'esprit du nouveau né, enchaînant ainsi son mental à une servitude millénaire. Chez les adeptes, l'enfant voit donc le jour dans le mutisme complet du père et de la mère. L'affection est ainsi détournée de l'enfant pour être redirigée vers la croyance scientologique dont le remède produit le mal qu'elle prétend guérir.

 

Souvenir adopté

 

Nous pouvons tous vivre avec l'amnésie de nos premiers jours et de nos premières années, mais la recherche des premiers souvenirs peut toutefois s'avérer cruciale pour les orphelins et les enfants adoptés qui tentent de retrouver leur famille biologique. Leurs recherches s'appuient sur des documents et des témoignages là oû les souvenirs manquent. Séparés en bas âge de leurs parents, les orphelins tentent souvent de retrouver dans leurs premiers souvenirs sinon un visage (souvenirs visuels), du moins des paroles (souvenirs auditifs) ou des impressions (souvenirs olfactifs, tactiles) pour tenter de cerner l'environnement dans lequel ils vivaient.  

 

Mais ce n'est pas toujours le cas. Les quelques personnes adoptées en bas âge avec lesquelles je me suis entretenu ont manifesté une approche similaire à celles des enfants non adoptés : les souvenirs des premières années ne sont pas plus importants que d'autres pour avoir des racines, grandir et s'épanouir. Un ami se souvient que des personnes sont venues le chercher à l'orphelinat à l'âge de 5 ans, mais pas de ce qui s'est produit avant ni pourquoi il était là : aucun souvenir d'une séparation ni d'un déracinement. La nouvelle famille lui a laissé des souvenirs d'épanouissement, il n'était pas vital d'en trouver d'autres. Car les enfants adoptés ont eu la chance de se sentir véritablement choisis : avec leur physique, comme garçon ou comme fille, avec leur histoire. Dans leur nouvelle famille ils ne sont jamais le fruit d'une grossesse surprise, d'une naissance non désirée. Ils ne sont jamais à l'origine d'une déception pour des parents qui ne voulaient pas d'eux ou préféraient un héritier. Ils ne viennent jamais par accident, et se font attendre au terme d'une « grossesse administrative » (les procédures d'adoption) durant laquelle on aura questionné ouvertement les motivations et la moralité de leurs parents adoptifs. Ils ont eu une seconde chance d'avoir des premiers souvenirs. Oseroions-nous néanmoins croire qu'il en va ainsi de tous orphelins dont les guerres sont si fécondes?

 

Mais il arrive que le besoin de se rappeler de nos premiers instants soit si fort, si indispensable, que le besoin de se souvenir de notre mère à la naissance soit si viscéral, qu'il nous impose de transfigurer nos souvenirs, des les recomposer, plus vifs, plus nets et colorés.

Un cas historique et assez représentatif a retenu mon attention, celui de Joseph Merrick, dont vous avez peut-être entendu parler comme de l'Homme-Éléphant. Personnage authentique né à Londres en 1862, son histoire est aussi étonnante que ses malformations. Incappable de vivre normalement dans un monde incappable de l'accepter, Joseph Merrick aura laissé le souvenir d'une résilience presque surhumaine. Victime d'une maladie dégénérative très rare, son corps commença à se déformer lorsqu'il eut cinq ans. Enfant aimé par ses parents, il perdit sa mère peu après ses onze ans. Ce fut pour lui, dit-il « le plus grand malheur de sa vie » car cela le priva de la seule source d'affection à laquelle il eut droit. Impossible à guérir, écrasé sous le poids la honte et par le manque d'argent, Joseph Merrick s'éloigna progressivement du reste de sa famille. Pour échapper à l'hospice, il décida de gagner sa vie comme monstre de foire : L'Homme-Éléphant était né.

 

De sa mère, il évoqua le souvenir tout au long de sa vie, décrivant une femme magnifique d'une incomparable beauté. Dans ces occasions, il n'oubliait jamais de mentionner les circonstances dans lesquelles il était né. Sa courte autobiographie commence ainsi en ces termes : « La difformité que je présente au public vient de ce que ma mère fut effrayée par un éléphant; ma mère passait dans la rue quand un cortège d'Animaux défilait, et les gens se pressaient pour les voir, et bien mlheureusement elle fut poussée jusque sous les pieds de l'Éléphant, et elle eut grand peur; ceci se passa pendant qu'elle était enceinte, et c'est la cause de ma diformité. » Souvenir réel dont il fut l'héritier? Souvenir imaginé pour authentifier son personnage? La naissance de l'Homme-Éléphant dans le ventre du souvenir touche à l'émotion la plus profonde et la plus authentique pour celui qui eut si peu de souvenirs heureux de son enfance.

 

On a longtemps cru que le souvenir de sa mère et de l'origine de sa difformité ainsi formulés correspondaient à un fantasme motivé par un réflexe psychologique de nier la réalité pour survivre. C'est l'interprétation qu'en a fait le Dr. Trefes après avoir recueilli Joseph Merrick lorsqu'il ne pouvait plus se produire en spectacle. Et c'est la version qui a longtemps circulé, notamment dans le film de David Lynch « Elephant Man », lequel a révélé l'histoire de cet homme au grand public. Mais pendant plus d'un siècle, on a pensé que Joseph Merrick était né difforme, qu'il avait été banni par sa famille et jeté de force dans les rets d'un montreur de foire peu scrupuleux. L'Histoire réelle est plus nuancée et il est raisonnable de penser que l'Homme-Éléphant a pu colporter sans relâche son plus beau souvenir, non pas comme une béquille psychologique, mais comme une revendication de sa normalité intérieure.

 

* * *    

 

Et si...

 

Et si nous étions capable de nous souvenir de notre premier mois, de notre première semaine ou de notre vie dans le ventre de la mère, que reverrions-nous? Que ressentirions-nous?

Le regards des autres à qui nous ne pouvons pas parler. Les larmes et les pleurs pour dire que nous avons soif et faim, que nous sommes fatigués. L'étonnante première vision de nos parents : un visage immense et des mains de géant. Des sourires, des mots incompréhensibles, des caresses. Et le sein maternel, la peau, si tièdes et si vivants. Et puis avant. La première respiration, la première ouverture des yeux, le premier cri. Que garder en mémoire quand tout est si nouveau?

 

Quoi retenir quand tout nous imprègne avec tant de force et d'émotion? Et puis encore avant. Pendant la gestation : l'aspect du liquide amniotique qui nous enveloppe. Nous ne voyons pas, nos mains si près du visage, les pieds si recroquevillés. Nous entendons des voix, le coeur majestueux et fidèle de la mère qui nous berce. Nous n'est pas encore « moi » ni « je ». Vivre la tête en bas en attendant le dernier jour de la vie dans le ventre, poussés violemment au dehors, attachés au cordon dont nous chercherons ensuite à prolonger le lien avant de le couper pour de bon.

 

 

Il est vraisemblable que nous ayons eu de tels souvenirs, et ils furent bien éphémères. Si nous progressons dans la sélection et le modelage de l'A.D.N. des embyons, si nous continuons d'évoluer et d'accroitre, de génération en génération les capacités biologiques de notre mémoire et le volume de notre cerveau, il est possible que nous gardions un jour tous ces premiers souvenirs en tête. Verrons-nous un jour des foetus dont la mémoire est déjà si riche qu'elle leur permette d'anticiper? De tels pré-naissants voudront-ils seulement naître?



dimanche 31 mai 2015

Dans le ventre du souvenir - première partie.

Portés par la mère
soulevés, comprimés, renversés;
dans notre gestation
nous n'avons ni le temps ni l'espace
pour les souvenirs.
(Aphorisme des pré-naissants)


Le fil des souvenirs. Quand commence t'il? Quand se noue t-il pour la toute première fois? Et qu'en gardons-nous à mesure que la bobine du temps se déroule? Ces questions traversent notre esprit au moins une fois dans notre vie. Car depuis notre naissance le fil des souvenirs constitue un repère inespéré pour tracer notre propre voie.


Dans mon tout premier souvenir, j'ai quatre ans. Je suis dans un champ en face de notre maison, le manteau hérité de mon frère ainé sur le dos. Le vent d'automne fouette mon visage que je cherche à protéger avec le col épais. C'est par ce manteau, légué ensuite à mon petit frère, que le souvenir s'est figé durablement pour rejaillir régulièrement dans mon esprit. Ce souvenir, je l'ai sans doute un peu transformé, mais sous le vernis du temps qui passe, la matière brute demeure intacte, vive, profonde.

Ma mémoire ne dispose pas de souvenirs plus anciens, et à tout âge j'oublie des pans entiers de mon existence. Parfois j'aimerais en retrouver, soit par curiosité, soit par amour pour ceux qui m'ont permis de vivre ces moments pourtant inoubliables. La survie de nombreux souvenirs passe hélas par la sélection et l'abandon inévitable d'autres souvenirs. Et plus les jours s'accumulent - 10 950 seulement quand on arrive à trente ans - plus on a de souvenirs à classer, chasser, ressasser.

Dans le ventre

Si j'en crois mes parents - en qui j'ai une totale confiance - j'ai grandi dans le ventre de ma mère avant de voir le jour (avant que le jour ne me voie, en fait, pleurant, le visage crispé, les yeux fermés, les poings serrés). Je ne m'en souviens pas, et je sais en être incapable. L'évènement n'a été ni filmé ni photographié, et en un sens, je ne suis pas malheureux de savoir que mon premier rôle ne sera jamais stocké dans les serveurs d'une agence de renseignements.

J'ai posé la questions aux adultes autour de moi, et personne de ma connaissance n'a de souvenir antérieur à leurs trois ou quatre ans. J'ai également posé la question à mes enfants lorsqu'ils ont eu quatre ans : ils se souviennent d'évènements de leur trois ans, mais pas au delà (malgré les nombreuses photos et vidéos). Aucun souvenir de ce qu'ils ont vécu dans le ventre de leur mère non plus (malgré les clichés des échographies - je plaisante). Et avec le temps, ils oublieront plusieurs de ces premiers souvenirs. En quelque sorte, le cordon ombilical se coupera de nouveau.

Les réponses à mes questions tiennent peut-être simplement dans la paume de la main d'un nouveau né : le cerveau se construit à mesure qu'il évolue, et celui du foetus ou du bébé, aussi vierge de toute image et de toute émotion soit-il, a une capacité d"absorption très limitée. Trop petit, il ne compute pas encore complètement; Sans autonomie, il développe peu la capacité ni la nécessité de se souvenir.

- À 12 semaines, le foetus peut toucher, goûter, sentir, entendre;
- À 37 semaines, il peut mémoriser des sons. Peut-être reconnait-il la voix de sa mère;
- À la naissance - 40 semaines, il bascule et change de milieu, comme un poisson sans eau contraint d'apprendre à respirer de l'air en quelques secondes.

Le fil du souvenir commence très tôt, mais il se coupe vraisemblablement lorsque l'enfant naît. Avec la croissance, l'enfant acquiert la capacité de structurer son vécu dans son for intérieur. Il dresse les contours de son identité en accumulant des expériences, des images et des sons de son environnement dont le temps, le hasard et la volonté jugeront de la pertinence d'en faire des souvenirs.

Je pense que ce fil de souvenirs est discontinu, interrompu, clignotant : il commence comme une boule de neige faite de flocons épars et dont la forme naît un jour d'accumulation, sans crier gare. Elle grossit, se compacte, prend du poids et de la vitesse à mesure que nous décidons de la faire rouler. Puis, les saisons passent et une grande partie fond au soleil tandis que nous nous en désintéressons pour en faire une autre.

Le souvenir - le précieux Souvenir - est une connexion viscéralement ancrée en nous, une combinaison de sensations et de pensées que nous avons figée dans le temps par une sorte de membrane qui les maintient en place et les préserve de l'oubli, loin du flux permanent de la pensée. Les souvenirs - innombrables, comprimés, triés, bousculés - protègent les expériences marquantes de notre vie de la recombinaison permanente de nos connexions. Leur but est d'être rappelés à nous à tout moment, comme une respiration profonde quand un danger ou une opportunité se présente à nous, comme un éclair de mémoires lorsque l'adulte retrouve sa mère après une trop longue absence.

Détour poétique

Au delà des questions posées en introduction, l'objet de ce texte est un peu d'envisager nos premiers souvenirs sous un angle poétique. Là oû le souvenir s'envole, l'imagination réinvente le ciel.

Salvador Dali, peintre et écrivain doué, disait que le traumatisme de sa naissance avait été provoqué par la perte du paradis perdu. Ce paradis perdu, c'était sa vie intra-utérine; la source de toutes ses émotions et de tous ses fantasmes artistiques. Les montres molles, les objets mous, les oeufs qu'il a maintes fois représentés dans ses toiles lui venaient toutes, disait-il, de sa vision du monde alors qu'il était encore foetus. À travers le liquide amniotique, depuis le ventre intérieur et dans le mouvement de sa propre gestation, Dali a eu ses premières visions d'un monde mouvant, malléable et liquide dont il tirera une substance inédite.

Ce souvenir de pré-naissant est devenu fondamental pour sa vie artistique future : de toile en toile, du surréalisme à l'hyperréalisme, il a poursuivi sa quête du paradis perdu. Cette capacité de visions, ces sensations dont il dit avoir gardé le souvenir sa vie durant pourraient être rangées parmi ses nombreuses et célèbres élucubrations. Cependant, elles ne sont pas dénuée de sens et de poésie; enfant né à la place d'un autre mort après quelques mois, Salvador Dali porta le même nom que ce frère aîné jamais connu dont il a pris la place. Salvador - le sauveur en Espagnol - est né parce que l'autre n'a pas survécu, et sans le décès du trop jeune Salvador Dali, nous n'aurions sans doûte jamais connu Salvador Dali l'artiste. Les montres seraient restées solides et les aiguilles n'auraient pas lévitées au dessus du cadran pour tordre un temps dont le mouvement serait demeuré alors bien réaliste.

Les artistes savent cultiver le jardin des sensations et des souvenirs, et il appartient à leur talent d'ancrer dans le réel et dans le temps des images autrement éphémères et volatiles.

D'une manière très émouvante, le chanteur et compositeur Lou Reed confia lors de sa dernière entrevue (Rolling Stone Magazine) des souvenirs de ce que ses parents lui avaient apportés. Extrêmement méfiant envers les journalistes et d'un naturel très avare de commentaires sur sa vie personnelle, il évoqua néanmoins ce jour là - alors qu'il se savait affaibli et sur le seuil de la mort - des souvenirs profonds. De son père, Lou Reed avoua laconiquement n'avoir reçu « que de la m.... ».

De sa mère, il confia aux auditeurs avoir reçu un trésor inestimable : d'une voix fragilisée par le cancer et tendue par l'émotion, il raconta combien résonnaient en lui les battements du coeur maternel avant même sa naissance. C'est là, dans le ventre de sa mère, que le boum boum boum boum  martelait ses oreilles et traversait son corps tout entier comme une vibration imposante. La source de son apprentissage du rythme, l'origine de son intérêt pour la musique se trouvait-là, enfoui en lui, engendré en la mère; traversé de toutes parts par l'omniprésence du son régulier du tambour, secoué par ses coups répétés, par les saccades toutes à la fois violentes et réconfortantes du coeur fondamental qui animait sa propre volonté, il serait venu au monde avec cette oreille sensible et ce corps tourné vers la musique.

Dans sa biographie, Lou Reed évoque un autre souvenir capital : le souvenir des électrochocs qu'il a subis à l'âge de 17 ans, à la demande de son père qui voulait le "guérir" d'une homosexualité émergente. Loin d'avoir modifié sa nature profonde, cette expéricence traumatisante a trouvé un écho, dit-il, dans son amour pour la guitare électrique. L'art de jouer de la distorsion - sonorité si proche de l'électrochoc - a pu lui servir à surmonter et à dépasser une sensation à jamais ancrée dans sa mémoire. Trouver la source originelle de la musique dans le souvenir de la mère pouvait également lui offrir l'occasion de se réapproprier sa propre histoire.

(À suivre)





mercredi 22 avril 2015

Slogans pour la terre 2015

Des idées pour notre planète
comme des graines qu'on laisse pousser
et qui tôt ou tard, germeront.
Elles germeront
parce qu'on a besoin d'idées pour avancer
parce qu'ainsi va la Nature.

Le jour de la terre m'inspire. Des idées, que je développe, et des slogans que je publie. Dans des phrases courtes, j'essaie de remettre en perspective des concepts simples et connus de tous. Avec humour ou avec sérieux, je recompose un vocabulaire facile à utiliser pour penser notre Terre en ce 22 avril 2015.

Humm... Penser la Terre, vaste projet! Futile s'il n'aboutit pas à éveiller quelque chose chez le lecteur ou si, un jour, quelque part, il ne contribue pas à changer le cours des évènements. Or je suis convaincu que l'exercice n'est pas vain, tout comme je suis convaincu que chaque goutte dans l'océan, chaque feuille sur un arbre, chaque aile de papillon dans l'air et chaque individu dans la société compte.

Voici le Jour de la Terre 2015, réhydraté dans des slogans à partager jusqu'à la prochaine révolution de notre planète.


- Fahrenheit 451 : Le réchauffement climatique pourrait faire froid dans le dos

- Arts visuels : Le sur-emballage ou le retour du cubisme

- Smog : 50 nuances de gris

- Zen : L'optimisme est une ressource non périssable

- Marathon vert : Courir 42 km sans croiser un seul déchet sur sa route

- Cocktail énergétique : Quand l'Arctique aura la taille d'un glaçon, on boira de l'eau lourde*

- Terre : Le monde qui nous existe

- Poisson d'avril : Poisson qui croit encore que les algues sont en plastique

- Über : Sur terre, on est tous dans le même taxi

- Exrta-terrestre : Le jour de la terre, soyez extraordinairement terrestre

- Engagement : Prendre position, c'est pas juste déplacer son avatar dans un jeu

- Explosif : Si des tonnes de déversements n'enflamment pas les esprits, nous sommes menacés d'extinction

- Informatique : Le 22 avril, faites une sauvegarde

- Stephen Harper : Attention, matière dangereuse! Ne pas recycler

- Lobby industriel : Opinion fragile, (se faire) manipuler avec précaution

- Austérité : Sur une planète fertile, nous avons fait pousser une sécheresse intellectuelle

- Énergie solaire : Faites bronzer votre maison

- Proverbe terrien : Là ou tombent les arbres poussent les cercueils

- Recto-verso : Changez le monde avant qu'il ne vous change

- Soins palliatifs : Injection massive de pétrole pour industrie en phase terminale

- Spock : Tendez l'oreille, un monde meilleur est en marche

- Boîte noire : Le bac de compostage, un truc simple pour éviter la catastrophe

- French Kiss : Le jour de la terre, téléchargez de l'oxygène


  * eau loure : eau utilisée dans des centrales nucléaires.


jeudi 2 avril 2015

Lettre téléportée vers le futur

  Le 23 décembre 2014, le journaliste Fabien Deglise a proposé à ses lecteurs, dans une chronique du journal Le Devoir, de lui soumettre des idées sur ce qu'ils souhaiteraient léguer à l'humanité du futur. Cet héritage culturel serait logé dans une capsule temporelle enfouie dans le sol à l'attention des hommes et des femmes de...2115.
  Motivé par cette proposition insolite lancée hors de tout calendrier symbolique et de toute commémoration particulière, j'ai proposé d'inclure dans cette capsule une lettre.
  Pas un disque dur chargé de souvenirs, pas un enregistrement, pas un livre ou un kit de survie. Non, juste une lettre. Une sorte de réflexion sociosophique téléportée (!) sur une façon particulière de voir la vie en 2015. Je suis convaincu qu'elle aurait sa place à côté de tous les objets dont la capsule temporelle ne manquerait pas d'être chargée.
  Sachant que la proposition du chroniqueur ne se matérialisera pas au delà du récit, j'incorpore maintenant cette lettre à mon blogue à destination des lecteurs d'aujourd'hui et de 2115. Qui sait, ce seront peut-être mes descendants qui tomberont dessus. Ou bien les vôtres, va savoir...

« Chers lecteurs anonymes,
 Votre appel a été entendu . Et après un siècle, notre voix, enfin, peut sortir de son écrin sépulcral. Encore étourdi par la terre et la roche qui l'ont recouvert, son écho de poussière métallique vient soudain de se propager jusqu'à vous.
  Hier, il y a 100 ans, à l'initiative du journal Le Devoir, nous avons exercé notre imagination. Nous avons transmis nos idées aux profondeurs de l'oubli pour qu’il vous les dévoile en retour.
 Vous voilà si proches de nos oreilles à présent, si curieux des révélations que nos tombes peuvent laisser entendre ou sous-entendre!
Le cycle infini des idées et de l’imaginaire s'anime toujours sur les traces de ce existe déjà :
- les réseaux virtuels ont d'abord germé dans les réseaux génétiques et généalogiques, mus par essais et erreurs, doutes et hasard;
- les prothèses osseuses et mémorielles sont nées des corps manqués ou insatisfaits. Vous le savez, nous le savions, mais nous ne cessons pas de chuchoter à nos futurs voisins que la quête de l'inconnu et de l'idéal passe aussi par l'oubli.
 La transmission amoureuse sous toute ses formes, des plus anciennes aux plus évoluées, permet toujours d'être soi-même et de surmonter les contradictions, et notre culture n’est pas devenue un vestige, pas davantage que notre socialisation : chaque image, chaque son, chaque mot sont compilés dans les profondeurs de la mémoire virtuelle, c’est a dire, maintenant, de votre mémoire consciente et inconsciente, palpable et intangible. De celles qu’on ne peut comprendre sans les sentiments, les émotions, les rires, les larmes qui les ont enfantées :
- voici nos guerres que nul discours ne peut éclairer seul;
- voici nos bouleversements sociaux que nul image ne peut suffire à exprimer.
 Votre héritage tient dans la main, dans le fil d’ADN, mais sa lecture est irrationnelle et illogique, son désordre est indescriptible et permanent tant que vous n’y mettez pas un peu de votre humanité. 
 Nos impressions sont les seules choses qu’il nous reste a vous donner au delà de la distorsion de l’Histoire et du poids de la Terre ensevelie. À peine quatre générations nous séparent, à peine quatre générations nous unissent.
 Tout a été écrit, mais tout reste à dire : les révolutions et les frontières ne sont que provisoires, les migrations sont permanentes. Et ne vous détrompez pas : nous savions que nous étions facile et difficile à vivre, que nous étions dans le droit chemin autant que dans l’erreur en persévérant dans des stratégies de court terme :
- 100 ans découpés en décennies de technologie efficaces et dévorantes en ressource et en espoirs;
- 100 ans de paix mutilés en cycles de négociations de guerres commerciales;
- 100 ans d’individualisme pliés dans les courbes démographiques et migratoires gigantesques;
- 7 milliards de réponses en quête de leur question fondamentale.
 Tout ce que vous lisez et voyez dans notre passé n’est peut-être finalement rien d’autre que notre vibrant et immortel espoir : celui de vous entendre transmettre, à votre tour, la voix qui transpercera les silences de tous les rêves devenus poussière. »

jeudi 19 mars 2015

Roche, papier, ciseaux - nouvelle version

Connaissez-vous le jeu Roche, papier, ciseaux?

Jeu simple qui se joue dans les cours de récréation, il amuse par sa facilité et sa spontanéité. Très ancien, il sert également de méthode efficace de tirage au sort. (Wikipédia en dresse un portrait détaillé.)

Deux joueurs face à face présentent simultanément une de leurs mains, laquelle reproduit par sa forme soit une roche - poing fermé - soit une feuille de papier - main à plat horizontalement, les doigts collés - soit enfin une paire de ciseaux - poing fermé, index et majeur tendus et écartés vers la main adverse. 
La roche l'emporte sur les ciseaux en l'émoussant;
La feuille l'emporte sur la pierre en l'enveloppant;
Les ciseaux l'emportent sur le papier en le coupant.

J'ai imaginé une déclinaison originale à ce jeu en donnant des signification aux trois éléments qui ne sont plus simplement des objets, mais deviennent des représentations de situations réelles, vécues par des gens ou par les joueurs eux-mêmes.

Sans aucun cynisme, je juxtapose 12 significations à chaque main du jeu original et propose 12 variantes du jeu pour composer, par analogie entre les mains et leur signification, des combinaisons qui deviennent des rapports de force vécus à peu près par tout le monde ici bas.

Je vois dans cette nouvelle version du jeu un bon moyen de rappeler que nos choix sont déterminants dans l'existence, tout autant que le hasard, dont l'influence est omniprésente; Un jeu comme une métaphore des jeux de pouvoir.

La force respective de la roche, du papier et des ciseaux, est respectée; toutefois, si les analogies et les combinaisons vous semblent moins évidentes, pourquoi ne pas imaginer que la main la plus forte soit celle du joueur qui saura convaincre l'autre de son raisonnement?

Quand la vie nous joue des tours...


Roche                                                            papier                                                                  ciseaux


Cancer                                                    diagnostique                                                                 bistouri

Intifada                                                   feuille de route                                              mur de séparation

Travail                                                       promotion                                                           licenciement

Sida                                                           préservatif                                                                      pape

Maison                                                      hypothèque                                                                    dette

Territoire                                                    passeport                                                             déportation

Alliance                                                      mariage                                                                     divorce

Impérialisme                                       World trade Center                                                 avion de ligne

Or                                                               monnaie                                                            taux d'intérêt

Métro                                                           boulot                                                                           dodo

Canada                                                    constitution                                                           séparatisme

Coups                                                          insultes                                                                      silence


lundi 2 mars 2015

Midge Ure - entrevue - Montréal - 2015.

Tout s'est vraiment réalisé à la dernière minute. Les planètes se sont alignées durant un temps très court et l'opportunité était à ne pas manquer. Midge Ure (Ultravox) a donné un très beau concert le 1er mars à la Sala Rossa de Montréal. Et il a spontanément accepté ma demande d'entretien. Une idée qui m'était venue le jour même.

De mémoire vive et électronique, c'est la première fois qu'il se produisait à Montréal. Son dernier passage au Québec - à Québec - remontait à 1989. Autant dire un temps cosmique pour ceux qui aiment sa musique et sa voix. J'en fais partie.

C'est sur le site web de Midge Ure que j'ai appris son passage dans la métropole. Il me restait deux semaines pour acheter mon billet. 27 $ pour un plaisir qui a duré 14 jours - fébrile attente - et une heure trente de concert. Le meilleur pour la fin, il va sans dire. La Sala Rossa n'étant pas très grande, premier arrivé, premier servi.

Et le public - des fans absolus - a été servi!

Extravox!

Seul avec sa guitare acoustique amplifiée, Midge Ure a donné une seconde vie à des titres qui ne se prêtaient pas facilement à un tel minimalisme; les chansons de Brilliant (2012) d'Ultravox sont dans la droite ligne de ceux de la période 1980-1986 : orchestraux, chargés. Les titres des albums solo également, excepté le dernier, Fragile (2014). Tour de force réussi. Car Midge Ure, c'est d'abord une voix. Une voix haute, puissante. Et là, sans batterie, sans basse, sans synthétiseurs, elle a occupé tout l'espace. Un espace constellé de mélodies sans âge. Une nébuleuse de succès pour une voix fidèle à son histoire.

Ma crainte d'être déçu par la version acoustique s'est envolée sitôt qu'il a déroulé deux accords. Dès son arrivée sur scène - visage familier - il a empoigné sa guitare et s'est lancé dans un exercice d'équilibriste. il n'est pas tombé, il s'est élevée. Paroles claires, épurées. Mélodies immanquable, sûres. Le public a été suspendu...

Battements du coeur

J'avais apporté avec moi un carnet dans lequel j'avais griffonné quelques questions. Et une caméra numérique. Car je m'étais réveillé avec l'idée de lui solliciter un entretien. Pourquoi? Parce que personne n'a annoncé son concert, hormis la Sala Rossa sur son site et ses petits moyens. Parce que je savais que ce serait un concert intime. Parce que je m'étais dit : et pourquoi pas?

Pourquoi pas lui parler? Il me semblait d'une simplicité sincère et ce n'est pas une star malgré l'énorme succès passé devant lui. Alors l'idée prit de plus en plus de place dans mon esprit, et durant le spectacle, je ne cessais de me convaincre : je vais lui parler, je ne sais pas comment m'y prendre (la caméra c'est pas l'idéal... Qui va la tenir?!). Mon coeur battait les mesures de la musique et de mon stress qui s'amplifia jusqu'à la dernière toune. Et puis, le rideau redescendu, le chanteur rejoignit ses fans dans la salle.

Mr. Ure

Calme, posé, souriant. Tel un chum de longue date. Midge Ure est là. J'attend que les selfies et les autographes passent. (Mon tour ne doit pas rendre les autres impatients car je vais lui prendre un peu plus de temps). Je m'attend à un refus. À bafouiller. A perdre mon Anglais. À pédaler dans le vide comme un astronaute qui a oublié l'apesanteur qui règne sur la planète Ure. Me voilà devant lui. Poignée chaleureuse.
- "Would you accept a short interview? I'm a bloger, and... "
- "Oh yes, no problem!"

Thats'it comme on dit en bon québécois! Voici donc pour vous l'unique entrevue de Midge Ure à Montréal. (Oui, je flotte encore malgré la prise de vue un peu floue).